Ferry van der Vliet, photographe néerlandais, est passionné de Paris. Il est l’auteur d’un blog reconnu et de plusieurs guides touristiques sur Paris. Dans notre série « Rencontres franco-néerlandaises », Van der Vliet partage sa méthode et les curiosités parisiennes les plus insolites. « Je me laisse guider par des découvertes spontanées ».
Comment résumeriez-vous votre rapport à Paris en un seul mot ?
Une passion. Tout ce que je fais en lien avec Paris est à but non lucratif. Les histoires que je publie chaque semaine sur mon blog, les cinq livres que j’ai écrits : cela me fait simplement plaisir.
D’où vient cette passion pour Paris ?
Photographe de formation, j’ai longtemps travaillé pour KLM Aerocarto, où je pratiquais la photographie aérienne. KLM offrait des billets à tarif réduit à ses employés : une véritable échappatoire aux chambres noires de mon quotidien de photographe. Ainsi, je pouvais régulièrement prendre l’avion pour Paris. Jeune, j’étais fasciné par le dynamisme des grandes villes, mais Paris s’est toujours distingué par sa beauté unique. Une fois à la retraite, en 2011, cette prédilection s’est transformée en un blog, Paris FvdV, et en plusieurs guides touristiques.
Depuis 2011, vous avez partagé plus de 750 histoires parisiennes sur Paris FvdV et écrit quatre guides touristiques. Quelle est votre méthode ?
J’écris sur un Paris insolite, loin des sentiers battus comme la Tour Eiffel ou le Sacré-Cœur. Mes recommandations ? Promenez-vous et explorez surtout les arrondissements méconnus. Je pars toujours avec une to-do list basée sur des recherches préalables. Après avoir visité ces lieux, je me promène au hasard dans les alentours en photographiant au passage, dénichant des portes entrouvertes, des cours cachés… C’est en faisant 20.000 pas que j’ai découvert Paris.
Ma bibliothèque contient plus de 300 titres sur Paris. Bien que je connaisse déjà 95% de leur contenu, les 5% restants contiennent des nouveautés. Ainsi, je me suis récemment rendu dans la maison de Azzedine Alaïa, un couturier Tunisien, qui habitait tout près de la BHV. Ces espaces, où se déroulaient ses défilés, servent aujourd’hui de petit musée, avec une magnifique librairie.
Quelles expériences vous ont particulièrement marquées dans les 15 ans que vous écrivez sur la capitale française ?
L’un de mes souvenirs les plus marquants fut sans doute ma rencontre avec l’un des directeurs de la Tour Eiffel, qui m’a fait visiter les sous-sols du monument. Ou encore la découverte du souterrain du Champs-de-Mars. Deux maisonnettes discrètes y donnent accès à un sous-sol. Pendant la Première et Seconde Guerre mondiale, cet espace a servi de station radiographique. La Tour Eiffel faisait office d’antenne-relais !

Mais l’une des expériences les plus émouvantes fut certainement mon entretien avec Paulus Bolten : un couturier “dandy” néerlandais, spécialisé dans la patine des souliers. Dans son atelier parisien, il me racontait que son épouse, Elsa Cayat, avait été chroniqueuse pour le magazine Charlie Hebdo. Présente dans la réunion fatale du 7 janvier 2015, elle a été tuée dans l’attentat du fait de son origine juive. La manière franche dont Bolten parlait de ce drame m’a beaucoup marqué.
Ce sont des rencontres uniques. Comment avez-vous tissé ce réseau franco-néerlandais ?
Depuis sa création en 2014, je suis membre de l’Atelier Néerlandais : le centre culturel de l’ambassade des Pays-Bas en France à Paris. Son réseau de créateurs et ses événements facilitent ces rencontres uniques.

L’Atelier Néerlandais est un lieu unique en son genre. Il offre aux artistes néerlandais — danseurs, couturiers ou autres créateurs — une vitrine pour faire rayonner la culture néerlandaise en France. Il est installé dans un lieu splendide, à deux pas de l’Hôtel de Ville. Pendant la Paris Fashion Week, la couturière néerlandaise renommée Iris van Herpen y présente souvent ses créations.
Comment poursuivre cette redécouverte continuelle de la ville à l’avenir ?
Paris se transforme en permanence : les Jeux Olympiques de 2024, l’ouverture de nouveaux instituts culturels comme les Fondations Louis Vuitton et Pinault, l’extension du réseau métro et des pistes cyclables… La ville est en train de renouer avec son ancienne grandeur, tout en évoluant continuellement. La beauté de l’architecture haussmannienne et de ses boulevards y côtoient l’art urbain contemporain.
Mais je me laisse aussi guider par des découvertes spontanées, par des curiosités dénichées dans la rue. Pourquoi JCDecaux a-t-il récemment renouvelé le mobilier urbain parisien ? D’où viennent les urinoirs historiques du boulevard Arago, les plus anciens de Paris ? Pourquoi un “sommelier d’eau” américain affirme-t-il que la meilleure eau potable du monde provient des anciennes sources parisiennes ? Ce type de découvertes ne cesse de m’inspirer.
Droits d’image : Ferry van der Vliet



