Le Prof. Henri Werij est le doyen sortant de la Faculté d’ingénierie aérospatiale à l’Université technique de Delft (TU Delft). Aux côtés de la Prof. Ena Voûte, il est l’un des visages de la TU Delft-France Initiative (TDFI). Depuis 2023, la TDFI encourage des collaborations entre l’université néerlandaise et les instituts de recherche français. Il a échangé avec ActusPaysBas sur les enjeux de l’innovation à l’échelle européenne. « Je suis totalement convaincu que, sur le plan scientifique, nous ne pouvons que nous renforcer. »
Aviation durable
La mission professionnelle du Prof. Henri Werij, doyen sortant de la faculté aérospatiale à la TU Delft, se résume en quelques mots : promouvoir l’aviation durable dans une Europe interconnectée. « Depuis mon investiture, je me suis engagé en faveur de la durabilité et de la lutte contre le changement climatique. Je voulais faire de notre faculté une référence en matière d’aviation durable. »
Avec des institutions telles que le Netherlands Aerospace Centre (NLR) ou la TU Delft, les Pays-Bas figurent parmi les leaders du secteur. Mais la décarbonation de l’aviation ne se réalise pas seule, comme le Prof. Werij le sait bien. En Allemagne, la TU Delft a trouvé un partenaire à Braunschweig : le Centre de recherche aérospatiale de Basse-Saxe (Aeronautics Research Centre Niedersachsen), avec lequel elle a signé un protocole d’accord sur l’aviation durable en 2019. Puis, ce fut au tour de la France, où il a établi des liens avec l’ISAE-SUPAERO, l’institut de recherche aérospatiale basé à Toulouse. En 2024, les trois organisations ont finalisé une collaboration trilatérale sur l’aviation durable.

Le Prof. Werij : « Même si la TU Delft abrite la plus grande faculté aérospatiale d’Europe et l’une des plus grandes au monde, nous ne pouvons pas tout faire seuls. Le triangle Allemagne-France-Pays-Bas, associant les acteurs publics et privés, est un vrai levier pour faire avancer l’aviation durable. »
L’Initiative TU Delft-France
Grâce à l’Ambassade de France aux Pays-Bas, la collaboration entre la France et la TU Delft est passée à la vitesse supérieure. Le Prof. Werij partageait avec M. François Alabrune, l’ambassadeur français, une passion pour l’aérospatiale. « Peu après la présentation de ses lettres de créance, nous étions assis côte à côte dans un simulateur de vol », se souvient-il.
À l’ambassade, des conversations sur une collaboration plus étroite ont suivi. En 2023, lors de la visite d’État du président Emmanuel Macron, elles ont abouti à la création de la TU Delft-France Initiative (TDFI) : « un consortium ouvert pour stimuler la recherche, l’innovation et la mobilité académique entre la France et les Pays-Bas ». Dans une première phase (2023-2026), le consortium s’est concentré sur l’aviation durable. Aujourd’hui, il étend progressivement ses activités à d’autres domaines, comme l’informatique quantique. La TDFI prévoyait une participation active du secteur privé, avec KLM-Air France comme partenaire dès le début. « Puisque l’entrepreneuriat, que ce soit chez Airbus ou KLM, bénéficie des recherches académiques, il doit également cofinancer ce type de collaboration », souligne le Prof. Werij.
Avec la Prof. Ena Voûte, le Prof. Werij a récemment été décoré par l’Ambassadeur de France aux Pays-Bas de l’Ordre des Palmes Académiques pour leur engagement dans la coopération scientifique entre la France et les Pays-Bas. « Je ne m’y attendais absolument pas. C’est un honneur pour moi et une récompense pour le travail accompli par la faculté. De plus, je suis particulièrement fier de voir reconnus les projets menés entre nos deux pays et l’engagement international que cela implique. »
La recherche à cheval entre Toulouse et Delft
La coopération entre la TU Delft et la France s’est construite sur une confiance mutuelle, fruit d’échanges interpersonnels. « J’aime beaucoup travailler avec les Français. Je suis totalement convaincu que, sur le plan scientifique, nous ne pouvons que nous renforcer pour mieux soutenir l’entrepreneuriat européen. »
Entre la TU Delft et l’ISAE-SUPAERO – une collaboration à laquelle le Prof. Werij s’est particulièrement consacré – l’apprentissage est réciproque. « Par exemple, l’ISAE-SUPAERO collabore étroitement avec le ministère français de la Défense. Il est intéressant de voir comment, à une époque où les enjeux militaires s’intensifient, ce type de collaborations prennent forme. »
Dans la première phase de la TDFI, l’axe Delft-Toulouse a joué un rôle central. Les échanges se sont concentrés sur le développement de matériaux légers à faible impact environnemental. Deux chercheurs ont mené leurs projets doctoraux à cheval entre la TU Delft et l’ISAE-SUPAERO, portant sur les technologies d’assemblage pour les structures légères et l’application de l’IA à l’impression 3D.
Vers un avion durable
Ce type de collaboration ouvre des perspectives prometteuses, estime le Prof. Werij. À l’avenir, des partenariats entre pays européens, y compris le Royaume-Uni, permettra à une Europe plus souveraine de gagner en compétitivité.
« Avec Airbus, l’Europe est devenue un leader mondial. Nous devons aussi renforcer notre position dans d’autres domaines. Souhaitons-nous véritablement dépendre des États-Unis pour notre défense ? Même si notre collaboration avec certaines entreprises américaines demeure excellente, l’Europe doit reprendre le contrôle de ses propres affaires. »
Et s’il rêvait grand ? À l’avenir, le Prof. Werij souhaiterait définir un tout nouvel avion, plus durable, en collaboration avec des partenariats publics-privés européens. « Il faut se poser la question : comment changer radicalement d’approche, de conception, de matériaux ? C’est une ambition colossale. »
Image de couverture : les Profs. Ena Voûte (gauche) et Henri Werij (droit) aux côtés de l’ambassadeur français aux Pays-Bas, M. François Alabrune.
Droits d’image : Ambassade de France aux Pays-Bas et ISAE-SUPAERO.



