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Affronter la pénurie de main-d’œuvre qualifiée STEM : une approche européenne

STEM

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur STEM ne se limite pas au marché de travail néerlandais ou français. Sous la direction de Mme Beatrice Boots, la directrice de la plateforme STEM néerlandaise, la EU STEM Coalition tâche d’unir les forces des diverses initiatives européennes dans ce domaine, afin de stimuler un échange d’expériences fructueux. « L’engagement français en faveur de l’enseignement professionnel est indispensable ».

En France comme ailleurs en Europe, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans les professions STEM est devenue urgente. Les professions de la transition énergétique, de la numérisation, des semiconducteurs et de la santé se voient particulièrement touchées. Ces secteurs, impliqués dans les grandes questions sociétales d’aujourd’hui, peinent à trouver du personnel avec des compétences techniques nécessaires, formé en STEM.

Sur le marché du travail français, le manque de professionnels qualifiés est manifeste. L’industrie, ainsi que les secteurs de la logistique et de la santé sont spécifiquement affectés. Sur le premier trimestre de 2022, 95.000 postes étaient à pourvoir dans l’industrie. Le même an, 60% des entreprises actives dans la logistique ne trouvaient pas d’employés qualifiés – contre 33% en 2017.

Plus de 20 ans d’expérience dans la lutte contre la pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs STEM

Mme Beatrice Boots, directrice de la plateforme néerlandaise Talent voor Technologie (PTvT, Dutch National Platform Science & Technology) affirme que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée n’est pas exclusivement un problème français. « C’est aussi un souci aux Pays-Bas, comme en toute l’Europe. Notre organisation a été fondée il y a 20 ans par les Ministères néerlandais de l’Education, des Affaires Économiques et des Affaires Sociales pour relever ce défi, en coopération avec le secteur privé. »

Mme Boots faisait ses premiers pas pour la PTvT en tant que chercheuse, tâchée avec l’indentification des causes profondes du problème. « Nous avons découvert que souvent, il y a un décalage entre les entreprises et les institutions scolaires. Celles-ci ne dialoguaient pas suffisamment entre eux, ne communiquaient pas effectivement sur les occasions professionnelles dans le secteur technique. La popularité des professions STEM parmi les jeunes et leur transition vers le marché du travail, où les employés pour les professions de l’avenir manquaient de plus en plus, en souffrait. Les entreprises se plaignent à cause d’une pénurie de professionnels qualifiés en technologie. Les institutions scolaires, quant à eux, reprochent aux entreprises une participation jugée insuffisante. »

Un meilleur accord entre les établissements d’enseignement et les besoins de l’entreprise est essentiel requiert un effort réciproque. « Le gouvernement peut faciliter et stimuler ce dialogue. Ainsi, un renouvellement des formations plus intelligent devient possible. A la fin du jour, c’est un effort conjoint. » Les résultats du dialogue servent ensuite pour élaborer des mesures concrètes. «  Et ça marche. Les entreprises qui investissent dans l’éducation, trouvent plus rapidement et plus facilement du personnel. En même temps, un renouvellement des approches didactiques pour tout le monde en est le résultat. »

Pourtant, un seul dialogue au niveau national ne suffira pas. Celui-ci doit également avoir lieu dans les régions. « Les exigences varient selon les régions. Disons que l’industrie chimique est très présente dans telle région, alors faudra-t-il aligner les dispositifs de l’enseignement sur cette réalité. Ça peut sembler logique, mais dans la major partie des cas, cette coordination ne se fait pas toujours. »

Aux Pays-Bas, la collaboration entre les institutions scolaires, l’entreprise et le gouvernement – appelé aussi Tripe Helix – s’inscrit dans le ‘TechniekPact’(le Pacte Technique), signé par le ministère, l’enseignement et l’entreprise. En même temps, il garantit le focus régional et une vision à long terme, d’après Mme Boots. « Pour satisfaire à la demande de main-d’œuvre qualifiée dans une région, plusieurs facteurs entrent en jeu. »

Tout commence en convaincant les élèves de choisir une formation STEM, selon Mme Boots. « Ensuite, il faut assurer qu’ils mènent à terme leur scolarité et trouvent un bon emploi. Et puis, que ces nouveaux employés restent dans le secteur. On doit être attentif à la cohérence et à la continuité, tout au long du processus d’apprentissage. En plus, il faut suivre l’impact des mesures. Pour cette raison, nous rédigeons un rapport annuel sur les développements dans le secteur, le ‘Techniekpact Monitor’. »

Une approche fêtée à l’international

Forte de 20 ans d’expérience, la PTvT est de plus en plus recherchée à l’international, raconte Mme Boots. « Après l’introduction de notre programme, nous avons vu tout suite que plus de jeunes choisissaient des formations STEM. »  Mais avec la crise financière adviennent des coupes budgétaires. L’impact sur l’efficacité du programme ne se laisse distinguer qu’après 2015. « En ce moment, nous implémentons un nouveau programme d’investissements pour rehausser ces chiffres. »

Le succès de la PTvT a été remarqué également par José Manuel Barroso, alors président de la Commission Européenne. « A sa demande, les différentes initiatives européennes se sont mises en contact, dont est issu la EU STEM Coalition ».

Dès lors, la EU STEM Coalition a été intégrée dans de nouveaux projets européens, tels que le Digital Act et le Chips Act. Une autre initiative prometteuse s’appelle CoVEs, ou Centres of Vocational Excellence, conçus en tant qu’écosystèmes de compétences au niveau régional dans toute l’Europe. L’UE met à disposition 400 millions d’Euros pour fonder 100 CoVEs. « Pensez aux compétences clés pour les grandes transitions, autour de l’hydrogène par exemple. »

La France aussi s’est inspirée de l’approche néerlandaise, en créant les Campus des Métiers. Ces pôles de formation mettent en contact les institutions scolaires et l’enseignement professionnel et supérieur avec l’entrepreneuriat, pour répondre à un enjeu économique national ou régional.

Combattre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée STEM en Europe

Malgré ces efforts, la pénurie de main-d’œuvre dans les professions STEM persiste, selon la directrice de la PTvT. « Traditionnellement, les universités et les institutions de l’enseignement supérieur touchent la plupart des subventions. L’enseignement professionnel, quant à lui, restait largement négligé. Aux Pays-Bas, on fait son mieux pour le rectifier. 

Même si l’éducation reste une prérogative des États-membres, l’échange de bonnes pratiques au niveau européen s’est avéré très utile. « Le Pacte Technologique néerlandais a été beaucoup copié dans d’autres pays, par exemple. » En même temps, les Pays-Bas apprennent d’autres initiatives européennes. « Après avoir découvert à quel point le First Lego League était populaire dans la Rhénanie du Nord-Westphalie, nous avons introduit ce programme international de robotique pour les élèves âgés de 9 à 15 ans. »

Pour Mme Boots, les prochaines élections européennes seront l’occasion de consolider la place des thématiques STEM dans l’agenda. « Dans toute l’Europe, il y a le besoin d’investir dans le savoir-faire. Les transitions importantes de notre époque, autour la numérisation et la durabilité, l’exigent. A nous la tâche d’y trouver plus de moyens financiers. Mais le soutien financier ne peut être effectif sans une intensification et une amélioration de la coopération au niveau européenne. »

Les moyens de l’Union Européenne, comme ceux du programme Erasmus+, peuvent être utilisés à ce fin, selon la directrice. « Mettons surtout l’accent sur les thématiques STEM, dans le cadre des transitions et des questions sociétales d’aujourd’hui. Et aussi sur l’enseignement professionnel, notamment l’enseignement professionnel secondaire. Mais ceci concerne non seulement l’enseignement, mais également les autres secteurs où la pénurie de manque d’œuvre en STEM est urgente, comme l’infrastructure ou la défense.»

Mme Boots préconise le renforcement des structures déjà en place, plutôt qu’un foisonnement de nouveaux projets à petite échelle et à une terme fixée. « Elles méritent plus de soutien. Ce qui fonctionne, peut être développé davantage. » Le mémorandum européen sur les STEM en est une première expression. Signé fin février 2024, ce document a été remis au premier ministre flamand Jan Jambon, à la Représentation de la Rhénanie du Nord-Westphalie à Bruxelles. »

L’étape suivante aura lieu en septembre, lors d’une conférence des CoVEs. A Lyon se tiendra alors également la compétition mondiale de Worldskills. Cette initiative française met en valeur les métiers et les formations qui abordent les enjeux économiques du moment. Et ensuite, au Danemark, lors des Euroskills  2025 : un événement où des jeunes provenant de 32 pays s’affrontent pour remporter le championnat d’une catégorie professionnelle. Dans les coulisses, on réfléchira à l’amélioration de la VET (vocational education and training). « J’aimerais bien qu’on puisse dire dans quelques ans : l’accord de Copenhague a fait la différence pour la VET ».

Participer à la European STEM Coalition

En France, AEDE-France ainsi que l’UPSTI se sont déjà joints à la European STEM Coalition.

Le secrétariat de la EU STEM Coalition est géré par la PTvT, avec des bureaux à La Haye et à Utrecht. Pour toute question concernant la EU STEM Coalition ou ses partenaires, contactez info@stemcoalition.eu.

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