L’hydrogène, énergie du futur ? C’est la conviction de M. Michiel Dorrepaal, membre du conseil de programme au sein de Holland High Tech (HHT) dans le domaine des matériaux énergétiques (Energy Materials) et le nouveau « Visage de l’innovation » dans notre série. Il est également architecte systèmes senior chez VDL Hydrogen Systems, entreprise spécialisée en électrolyseurs. Selon M. Dorrepaal, les Pays-Bas sont aujourd’hui à l’origine de plusieurs prototypes prometteurs visant une production efficace et verte de l’hydrogène. Dans ce domaine porteur d’espoir pour une Europe plus autonome en énergie, les collaborations franco-néerlandaises s’annoncent particulièrement stratégiques.
Innover pour une énergie verte et fiable
Poussé par une insatiable curiosité, M. Dorrepaal poursuit la conception d’électrolyseurs qui permettent de produire l’hydrogène vert. Son processus est pluridimensionnel : « Imaginez toujours plusieurs solutions – idéalement plus de trois. L’essentiel est de ne pas se fermer trop tôt », souligne-t-il. Actuellement, VDL vise le développement d’électrolyseurs alcalins. Ceux-ci opèrent à basse température, contrairement aux électrolyseurs à oxyde solide. Même si ces derniers sont théoriquement plus rentables, l’entreprise a choisi la technologie alcaline, plus commercialisable à court terme, explique l’architecte systèmes.
Au sein de HHT, M. Dorrepaal favorise le développement de plusieurs technologies qui facilitent la transition verte : « À l’avenir, nous utiliserons de plus en plus l’énergie éolienne, solaire et géothermique. Lorsque cette énergie est disponible, nous devons pouvoir la stocker pour une utilisation ultérieure. Dans la nuit, ou en hiver, par exemple. » HHT œuvre pour trouver des solutions qui garantissent le stockage cette énergie à la fois verte et fiable.
Le secteur stratégique des batteries est bien établi aux Pays-Bas. Des entreprises telles qu’Exergy Storage y conçoivent des batteries durables à base de sels, moins polluantes que les batteries classiques au cobalt ou au lithium. En 2024, le marché néerlandais des batteries disposait déjà d’une capacité de stockage de 1 GWh, avec des projets portant la capacité à 15 GWh à l’avenir. HHT soutient ces ambitions à travers son programme Battery Integration et une collaboration avec le Battery Competency Cluster NL.
Projets phares aux Pays-Bas
Dans le domaine de l’hydrogène, les Pays-Bas pilotent plusieurs projets phares, à petite comme à grande échelle, avance-t-il. « Chez VDL Hydrogen Systems, nous travaillons sur un électrolyseur de 15 mégawatts. Et certaines entreprises développent déjà des installations de 100 mégawatts. » Dans le futur, ces gigawatts d’hydrogène seront clés pour assurer la production de l’énergie durable, estime l’architecte de systèmes.
« En parallèle, il se passe beaucoup de choses dans le domaine du stockage de chaleur », souligne-t-il. Le stockage de la chaleur dans des nappes phréatiques, par exemple, qui se fait déjà à Amsterdam, permettant de stocker et de restituer la chaleur aux foyers.
Excellence microscopique
Mais les Néerlandais excellent surtout au niveau microscopique de la technologie des couches minces (thin-film technology). « Les électrodes d’un électrolyseur sont recouvertes d’un catalyseur fabriqué à partir de matériaux rares. Grâce à la thin-film technology, on peut obtenir le même effet avec beaucoup moins de matériaux. » Une technologie prometteuse donc, qui peut également être utilisée dans la production de batteries.
Le secteur des couches minces est en constante évolution et certaines entreprises l’utilisent déjà dans « l’érosion par étincelage » (spark erosion), avance M. Dorrepaal. Ce processus crée de petites particules de matériau, déposées sur un substrat afin de former des électrodes.
L’Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique appliquée (TNO) étudie d’autres techniques, comme le dépôt de couches atomiques (atomic layer deposition). Ce dernier permet d’appliquer des couches extrêmement fines et précises, une par une, sur une surface. « Ces techniques existent déjà et sont utilisées notamment dans l’industrie des semi-conducteurs. Cependant, leur application à l’hydrogène reste encore limitée. »
Les défis de l’hydrogène
Pour déployer l’hydrogène à grande échelle, il faudra encore surmonter plusieurs défis, reconnaît M. Dorrepaal. Il nomme la course technologique contre la Chine, pays à bas salaires, que l’Europe n’a pas pu remporter dans le domaine des panneaux solaires. Devenir leader en électrolyseurs et stockage thermique demandera une automatisation de la production, afin de réduire les coûts de production, estime-t-il. « Nous pourrions aussi nous spécialiser dans la fabrication des machines qui produisent les électrolyseurs, afin de les vendre à d’autres pays. »
L’hydrogène entre les Pays-Bas et la France : le regard d’ActusPaysBas
Les innovations de haute technologie décrites par M. Dorrepaal prennent pleinement forme grâce à la collaboration franco-néerlandaise. L’axe Pays-Bas–France constitue un terreau particulièrement fertile, aussi bien pour les acteurs d’envergure internationale que pour les entreprises de niche. D’autant plus que La Haye ambitionne de devenir un leader mondial dans le domaine de l’hydrogène.
Au sein de cet écosystème dynamique, l’État néerlandais accompagne activement les innovateurs français souhaitant s’implanter aux Pays-Bas, notamment par le biais de subventions ciblées et d’une programmation stratégique ambitieuse. Grâce à cette aide institutionnelle, la multinationale française Air Liquide réalisera prochainement un électrolyseur de grande capacité dans le port de Rotterdam, contribuant au développement d’une production d’hydrogène à grande échelle en Europe.
Par ailleurs, la société Lhyfe, fondée à Nantes en 2019, distribue depuis l’an dernier son hydrogène vert à un centre d’essai pour chaudières domestiques dans la ville néerlandaise de Deventer. Ce projet fait partie du programme GROHW, au sein duquel l’entreprise française collabore avec Essent, acteur majeur de la distribution d’énergie aux Pays-Bas. Lhyfe prévoit également la construction d’un électrolyseur dans le port de Delfzijl, clé de voûte en vue de structurer une future industrie européenne de l’hydrogène.
De Rotterdam, porte d’entrée stratégique de l’Europe, aux consommateurs néerlandais, l’hydrogène dynamise les relations économiques entre la France et les Pays-Bas. Pour en savoir plus, entrez en contact avec HHT.
Cet article est basé sur un entretien publié préalablement sur IO+.




