Dans la série Rencontres franco-néerlandaises, l’histoire de Pierre Pagliari. Ses expériences aux Pays-Bas sont marquées par la franchise des néerlandais. Son plus grand choc culturel ? « Les prénoms et les noms néerlandais ! Ils sont souvent incompréhensibles.»
Pendant huit ans, Pierre Pagliari (1989) collabore étroitement avec une clientèle néerlandaise. D’abord pour l’entreprise Prosoft Technology, plus tard pour Belden Inc., mais toujours sur des sujets liés au hardware et à la gestion des données. Les Pays-Bas de Pierre Pagliari ? Une nation franche, où l’on va droit au but. Les différences entre la France et les Pays-Bas ? « Aux Pays-Bas, la culture du consensus favorise un environnement plus horizontal. »
Quel est ton premier souvenir des Pays-Bas ?
Enfant, j’ai passé un été dans un camping plein de néerlandais dans le Midi. Là, on se sentait vraiment aux Pays-Bas. Entouré de néerlandais, qui semblaient tous avoir l’habitude – assez particulière, d’ailleurs – d’emporter leur nourriture de chez eux. Le beurre de cacahuète, et même d’énormes sacs de pommes de terre ! Ce premier contact, même s’il était informel, m’a permis de me familiariser avec certaines habitudes néerlandaises, qui m’ont été utiles plus tard dans ma carrière professionnelle
Comment les Pays-Bas ont-ils marqué ta carrière ?
J’ai débuté ma vie active au sein de la direction France-Benelux de Prosoft, une entreprise américaine spécialisée dans les solutions de communication. Au-delà d’un premier apprentissage de la culture néerlandaise, je me suis vite rendu compte des bénéfices d’une carrière à l’international. Ces expériences interculturelles aident à questionner son propre comportement, à le changer aussi.
En 2014, Prosoft a été acquise par Belden, une firme de matériel et de logiciel électroniques originaire des États-Unis. Chez Belden, je m’occupais toujours de la même région géographique à savoir la France et le Bénélux. Parmi ma clientèle, je comptais Friesland Campina [un géant de la filière laitière néerlandaise] ainsi que Rijkswaterstaat [le département des Travaux publics d’État néerlandais] par exemple. Et le hasard voulait que mon CEO, M. Roel Vestjens, basé à St Louis (Missouri) était lui aussi néerlandais, à l’image de mes clients.
C’était comment, travailler pour un PDG néerlandais ?
C’était d’une franchise absolue. À deux reprises, j’ai eu le plaisir d’avoir un tête-à-tête avec M. Vestjens. Le temps de ces deux dîners, on échangeait sur tout : de nos séries préférées à ses précieux conseils de carrière. Il laissait place à une véritable discussion entre un employé et son CEO, dépourvu de hiérarchie et désireux d’avoir la vision et le ressenti du terrain.
Serait-ce différent en France ?
Aux Pays-Bas, on communique d’une façon beaucoup plus directe qu’en France. Même si, au début, j’ai trouvé leur critique un peu brutale, les Néerlandais savent bien construire une relation solide, à long terme, basée sur la communication spécifique, personnelle et ouverte.
Il faut respecter leurs règles, arriver à l’heure convenue, mais une fois la glace brisée, les Néerlandais se montrent très loyaux et chaleureux.
Et quels sont les mérites de l’approche française ?
L’approche française valorise particulièrement les relations interpersonnelles. À travers des réunions déjeunatoires, par exemple. Ce cadre plus informel permet de construire des liens de confiance et de mieux comprendre les besoins des clients. À l’inverse, aux Pays-Bas, les interactions peuvent parfois rester plus transactionnelles, surtout en l’absence de ces moments conviviaux. La hiérarchie en France offre également des repères clairs, tandis qu’aux Pays-Bas, la culture du consensus favorise un environnement plus horizontal.
La plus grande difficulté pour un Français de travailler aux Pays-Bas ?
Les noms ! Cette difficulté linguistique a créé des situations amusantes en réunion. Parfois, je redoutais les présentations de groupe, de peur de mal prononcer les noms de mes interlocuteurs. J’ai même dû inventer des astuces pour éviter des situations embarrassantes…
Pendant les réunions, je n’arrivais jamais à comprendre ces noms – Geert, Joep – du premier coup. Alors j’ai développé une stratégie : donner ma propre carte de visite à l’interlocuteur, pour qu’il m’en redonne la sienne !
Quelques dernières réflections ?
Après huit années de collaboration avec mes clients néerlandais, j’ai non seulement enrichi mes compétences professionnelles, mais j’ai aussi appris à apprécier la franchise et la loyauté qui caractérisent cette culture et que je partage. Ces expériences ont marqué mon parcours, renforçant mon ouverture à toutes les cultures, tant en Europe qu’à l’échelle mondiale. Cela m’a encouragé à privilégier un rôle international où la collaboration interculturelle serait un socle fondamental.
Pour en savoir plus sur le regard des Français sur les Pays-Bas dans la série Regards franco-néerlandaises, cliquez ici.



