Dans notre série d’entretiens avec les experts du secteur de pointe néerlandais Holland High Tech (HHT), « Les visages de l’innovation », un portrait de M. Hans van der Weijde. M. Van der Weijde est membre du conseil de programme de HHT pour le domaine d’innovation économie circulaire ainsi que responsable R&D chez Tata Steel. « Nous devons réfléchir beaucoup plus au développement des produits. »
La circularité au-delà du recyclage
Selon M. Van der Weijde, la circularité va bien au-delà du recyclage. C’est aussi une question de fabriquer plus intelligemment, en économisant les matériaux ou en incorporant des matériaux recyclés.
La durabilité d’un produit est primordiale, avance-t-il. « Il est encore tout à fait normal d’utiliser un iPhone pendant trois ans avant de le remplacer, alors que ces produits contiennent de nombreux matériaux précieux. »
Dans une économie circulaire, l’objectif est notamment d’allonger la durée de vie des produits, d’utiliser plus de matériaux biosourcés ou recyclés. « Ce n’est que lorsqu’un produit n’est vraiment plus utilisable que le recyclage entre en jeu. »
Coopérations public-privé
Au sein de Holland High Tech, M. Van der Weijde conseille sur les programmes, projets, appels et développements liés à l’économie circulaire.
Mais il encourage également l’intégration de la circularité dans d’autres programmes, au sein et en dehors de l’organisation. « Après tout, la circularité est un thème transversal : on ne peut pas l’isoler dans une seule case. »
C’est pourquoi HHT mise sur la coopération entre gouvernement, institutions de recherche et entreprises. La plupart de ces projets sont des partenariats public-privé. « Comparé à d’autres pays, cet écosystème néerlandais des top sectors est bien développé », avance-t-il.
Sidérurgie du futur
Conseiller auprès de HHT, il s’implique également dans le secteur privé auprès du producteur sidérurgique Tata Steel. Il y est responsable du programme R&D, un département qui compte 250 employés.
« Mes responsabilités vont de la recherche sur nos propres usines et la réduction des émissions, jusqu’à la collaboration avec des clients et des universités. Actuellement, notre plus vaste et plus inspirant projet est celui de durabiliser notre usine à IJmuiden. »
Recycler métaux et systèmes intégrés : l’excellence néerlandaise
Les avancées des Pays-Bas en économie circulaire ? Il nomme d’abord le recyclage des métaux. Comme en Europe de l’Ouest plus largement, les Néerlandais réussissent déjà à recycler plus de 90 % de certains métaux.
Grâce à une technologie de tri qui s’est énormément améliorée, des machines sont aujourd’hui capables de trier des déchets ou de la ferraille à une vitesse de 50 mètres par minute. « J’ai récemment visité une entreprise qui trie l’aluminium en fonction des éléments d’alliage, ce qui facilite la réutilisation. »

« Mais nous sommes également forts en intégration de systèmes », avance le conseiller en économie circulaire. « Prenons ASML, par exemple, un leader mondial dans la combinaison de différentes technologies et composants en un système unique et fonctionnel. »
Développer la durée de vie
Il reste pourtant difficile d’améliorer la durée de vie des produits. Or, influencer la conception des produits l’est tout autant lorsque le taux d’importations reste élevé, admet M. Van der Weijde.
À travers des politiques d’achat publiques et privées et par la réglementation, il est possible de fixer des exigences en matière de conception, préconise-t-il.
Les Pays-Bas prennent parfois plus de temps pour décider dans ce domaine, en raison de la fragmentation des responsabilités ministérielles. Là où certains pays, comme la France, agissent déjà, observe l’expert en circularité.
De plus, de nombreux matériaux précieux sont encore considérés comme des déchets. « Souvent, ces matériaux peuvent parfaitement être réutilisés. Il faut que cela change. »
Appel aux consommateurs
Outre le gouvernement et le secteur privé, M. Van der Weijde s’adresse aussi aux consommateurs, eux aussi acteurs de la transition circulaire. « Je pense que le plus grand impact viendra quand chacun apprendra à faire des choix plus intelligents : acheter en conscience, bien entretenir les objets et réparer au lieu de jeter. »
Cet article est basé sur un entretien préalablement publié sur IO+.




