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Autonomes et égalitaires : les Néerlandais d’après Minerve Vicente

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Minerve Vicente est experte en innovation agro-alimentaire. Depuis plus de 15 ans aux Pays-Bas, elle a vu comment un pays s’internationalise : « Au début, j’étais la seule employée étrangère dans une équipe résolument néerlandophone ».

Née en France, Minerve Vicente est forte d’une longue expérience professionnelle aux Pays-Bas. Elle fait ses premiers pas dans le secteur alimentaire à Nimègue, chez H.J Heinz (actuellement Kraftheinz Company). Aujourd’hui, Minerve Vicente s’implique dans la transition verte auprès de Foodvalley NL : une organisation indépendante œuvrant à conduire des actions collectives vers des systèmes alimentaires plus durables. Ceci au sein d’un écosystème d’innovation agro-alimentaire sur le campus de l’Université de Wageningen (WUR) : Foodvalley NL. Avec ses années d’expertise, Minerve Vicente y aide les start-ups pour réaliser leurs idéaux. Elle raconte ses impressions d’un pays autonome et égalitaire, qui s’est fortement internationalisé dans les dernières décennies.

Quel est ton lien avec les Pays-Bas?

Tout a commencé dans mon enfance, quand je fréquentais une école internationale. Là, j’ai fait la rencontre avec tant d’autres cultures, dont la néerlandaise. Quand ils me parlaient des Pays-Bas, mes camarades de classe néerlandais faisaient allusion à la tranquillité de leur pays. Et, bien entendu, aux moulins à vent.

Plus tard, en 2007, j’ai déménagé aux Pays-Bas pour le travail. A ce moment-là, j’étais une jeune professionnelle et l’étranger me tentait. Ce sont les Pays-Bas qui m’ont accueilli à bras ouvert. Jusqu’en 2022, j’ai travaillé au centre d’innovation de Kraft Heinz à Nimègue dans divers rôle de recherche et développement : de technologue alimentaire à Directrice R&D. Les pâtes de la marque Honig ou bien le sirop de Karvan Cévitam : voici quelques incontournables de la cuisine néerlandaise qui sont passés par mon bureau pendant mes 15 ans dans l’entreprise.

La vie aux Pays-Bas est très agréable – tant d’un point de vue professionnel que privé. Et elle est en pleine évolution ! Quand je suis arrivée à Nimègue par exemple, impossible de manger dans un restaurant après 20h le soir. Pour une Française, c’était bizarre ! Maintenant, tout est ouvert jusqu’à tard, même les supermarchés.

As-tu vécu un choc culturel après ton arrivée à Nimègue ?

Pas vraiment. En général, je me sens très vite à l’aise dans un nouveau contexte. Néanmoins, j’ai remarqué des différences – grandes et petites. Quand les néerlandais s’introduisent par exemple. Ils te parleront de leurs enfants, leur maison, même de leur chien. Bref, de toute leur vie ! En France, on est plus réservé.

Et au travail, les néerlandais tiennent plus aux principes qu’à la règle. Ils sont peu directifs. L’approche française étant plutôt autoritaire, j’étais assez surprise par le fait qu’ici, tout le monde s’autodirige. C’est un style propice à mon épanouissement personnel.

Les politiques de recrutement reflètent cette différence. En France, on accorde beaucoup de valeur aux connaissances et aux qualifications formelles d’un candidat. Contrairement aux entreprises néerlandaises qui prennent en compte ta personnalité, tes compétences au-delà d’un diplôme quelconque.

Même si la France est alors manifestement plus hiérarchisée, ça n’empêche pas que son paysage entrepreneurial a donné naissance à un grand nombre de start-ups prometteuses. Voilà le paradoxe français.

Les Français et les Néerlandais, que peuvent-ils apprendre de l’autre ?

Je pense que les patrons français doivent faire plus confiance à leurs salariés. Comme aux Pays-Bas, où les managers ne voient pas l’intérêt de surveiller tant leurs employés. Ainsi, le télétravail n’y a jamais posé problème – même pendant la COVID.

En revanche, les néerlandais mériteraient parfois un peu de leadership à la française. Ceci pour donner de la cohérence aux efforts parfois mal coordonnés des différents écosystèmes de pointe. Comme en France, où le président de la République Emmanuel Macron a décidé d’aider les start-ups. Tout le pays a ensuite aligné ses efforts pour réaliser cette ambition.

Quant aux compétences linguistiques, il est vrai que les néerlandais maîtrisent extrêmement bien l’anglais. Mais à tel point qu’il est devenu quasiment impossible d’apprendre le néerlandais. En 2007, c’était bien différent. Chez Kraft Heinz , j’étais la seule employée étrangère dans une équipe résolument néerlandophone ! Comme en France aujourd’hui, la langue nationale l’emportait. Selon moi, il faut trouver le juste milieu entre ces deux extrêmes.

Pourquoi es-tu revenue aux Pays-Bas en janvier dernier ?

En 2022, après 15 ans dans la même entreprise, j’ai voulu changer de perspective. Je me suis installée en France, pour enfin me réorienter vers le conseil en innovation. Mais mon retour était de courte durée, car je suis vite tombée sur une offre de Foodvalley NL. C’est un partenariat public-privé dans la région néerlandaise de Wageningen, spécialisé dans l’innovation alimentaire durable. Le poste était fait pour moi !

Chez Foodvalley NL, j’aide les entreprises engagées dans la transition verte à réaliser leurs idéaux. Pour soutenir cette transition, j’assiste les pionniers afin de changer les systèmes établis mais dépassés. Ainsi, je travaille de nouveau aux Pays-Bas, depuis début 2024.

En même temps, je suis coach pour les startups chez Startlife. C’est une initiative pionnière de l’Université de Wageningen, fondée pour soutenir les start-ups dans l’agroalimentaire. J’ai déjà accompagné deux organisations impliquées dans la transition protéique : SUPASO de l’Autriche et Vivici, de Delft.

Foodvalley NL réunit spécialistes, investisseurs et entreprises dans un écosystème d’innovation agro-alimentaire unique au monde. Cette centralisation de moyens spécifiques est son atout particulier. Contrairement à une BPI française, qui est plus généraliste. J’invite les start-ups françaises qui travaillent dans l’agro-alimentaire à nous joindre. Notre approche adaptée leur bénéficiera !

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