Dans la rubrique Rencontres franco-néerlandaises : Ambassadeurs des Pays-Bas, des Néerlandais « francophiles » vous font découvrir leur pays natal. Comment renforcent-ils les liens entre la France et les Pays-Bas ? Et de quoi ne pas manquer en Hollande ? Nous donnons le coup d’envoi avec Geerten Waling, docteur en histoire. Connaisseur du passé et de la culture française, la France de Geerten Waling est un pays passionné d’histoire. « En France, je suis toujours “Mr l’Historien” »
Historien, écrivain et chroniquer pour l’hebdomadaire EW, Geerten Waling (Rotterdam 1986) est grand amateur d’histoire française. Il traduit notamment le célèbre discours d’Ernest Renan Qu’est-ce que c’est qu’une nation ? en néerlandais. Waling obtient son doctorat à l’Université de Leyde, soutenant une thèse sur les révolutions de 1848 à Paris et Berlin.[1] Comment renforcer les liens entre la France et les Pays-Bas ? D’après Waling, l’amour passe par l’estomac – mais aussi par une histoire républicaine commune.
Pour toi, c’est quoi la France ?
« La France, c’est d’abord le pays de mon oncle, l’historien Coos Huijsen. Il est propriétaire d’une ferme charmante dans collines verdoyantes du Lot. Depuis mon enfance, je lui ai souvent rendu visite. Mon Français a été très marqué par le temps que j’ai passé là-bas ; autant que l’on pense parfois que je suis originaire du Sud-Ouest. Pour un Hollandais, c’est quand même un compliment.
Et puis, Paris : j’ai toujours été amoureux de cette ville. Pour ma thèse doctorale, je fréquentais les Archives Nationales, dans le Marais. Le hasard a voulu que je puisse séjourner à deux pas de mes sources, dans une chambre de bonne située rue des Archives. Sixième étage, sans ascenseur !
C’était une période incroyablement stimulante. À Paris, j’étais un visiteur dépourvu de ses instincts de touriste. Dans les librairies, je me nourrissais de la philosophie française, des Lumières et ses valeurs qui me sont si chères.
Les Français ont cette passion particulière de leur histoire, de toutes ses facettes. En France, tant à la campagne du Sud-Ouest qu’au Quartier Latin, je suis “Monsieur l’historien”.Impensable aux Pays-Bas, où la valeur ajoutée des sciences historiques est moins reconnue. »
En rencontrant des collègues-chercheurs, archivaires, des Français de toute classe, Waling discernait ce grand amour de l’hexagone pour Amsterdam, son lieu de domicile. Des coffee shops (la dénomination euphémiste pour les magasins CBD) à l’art de Van Gogh : il y en a pour tous les goûts. Souvent, l’intérêt des Français s’arrête toutefois au périphérique amstellodamois.
Comment intéresser davantage les Français pour les Pays-Bas ?
« La France est une grande nation, où l’on ne s’occupe pas beaucoup de petits pays comme le mien. Aucun doute que les Pays-Bas sont innovants, mais pour séduire les Français, il faut une approche plus traditionnelle. On produit de bons fromages, de belles fleurs, et d’excellentes stroopwafels [gaufres au sirop]. Je préconise alors une diplomatie culinaire renforcée, à laquelle les Français seront certes très sensibles. »
Et l’histoire, quel rôle peut-elle jouer ?
« La France et les Pays-Bas ont une histoire en commun que l’on pourrait mieux faire connaître : celle du républicanisme. Les Français savent que Voltaire et Descartes ont publié leurs écrits à Amsterdam, mais connaissent-ils les personnages et textes fondateurs du républicanisme néerlandais : Spinoza, Van den Enden, l’Acte de déposition de La Haye, la vie de Guillaume d’Orange ? À l’âge d’or de l’ancien régime français, les Provinces-Unies étaient déjà une république. »
Comme l’histoire, l’actualité démontre la pertinence de l’expérience néerlandaise, explique Waling. Comment réagir à l’essor des radicaux comme le PVV [Parti de la Liberté] de Geert Wilders, ou le Rassemblement National de Marine le Pen ? Selon l’historien néerlandais, « c’est en intégrant ces partis dans les structures démocratiques qu’on sauvegardera l’état de droit ».
Pour d’autres installations de notre série Rencontres franco-néerlandaises, direction de la page Pays-Bas.
[1] Geerten Waling, 1848 – Clubkoorts en Revolutie. Democratische experimenten in Parijs en Berlijn (trad. : 1848 – Des clubs et révolutions. Expériences démocratiques à Paris et Berlin) (Nimègue 2016).



