Pénurie de main-d’œuvre, enjeux environnementaux… En Europe, l’agriculture et l’horticulture sont confrontées à un défi de taille. Comment assurer une production alimentaire saine et autonome dans un monde de plus en plus incertain ? Mme Suzanne Verboon de la FME explique comment la robotisation peut garantir une souveraineté alimentaire durable en Europe. « Le but est d’éliminer le travail répétitif et pénible, tout en créant de nouveaux emplois dans un secteur plus durable. »
Partout en Europe, l’augmentation des coûts de personnel ainsi que la pénurie de main d’œuvre (saisonnière) pèsent sur les producteurs, avance Mme Suzanne Verboon, chargée d’agriculture, gestion de l’eau et l’alimentation auprès de la FME. En même temps, les agriculteurs doivent s’adapter à la transition écologique, notamment en réduisant l’usage des pesticides.
Pour répondre à cette double problématique, les innovateurs néerlandais développent des solutions prometteuses en robotisation et technologies intelligentes, dit Mme Verboon. « La robotisation peut pallier le manque de main-d’œuvre et réduire les coûts salariaux ainsi que l’emploi de pesticides. Le but est d’éliminer le travail répétitif et pénible, tout en créant de nouveaux emplois dans un secteur plus durable. »
Les innovateurs néerlandais en robotique agricole
Les Pays-Bas illustrent le dynamisme de l’innovation robotique agricole, avance la chargée agritech, qui met en avant un écosystème dynamique où collaborent étroitement instituts de recherche, entrepreneuriat et gouvernements. Il en est issu de véritables pionniers, tels qu’Odd.Bot, Trabotyx, Pixelfarming Robotics, Andela, ou AgXeed.
Ils abordent les problèmes environnementaux et de main-d’œuvre auxquels fait face l’agriculture classique. Leurs robots autonomes proposent, entre autres, un traitement chimique ciblé ou même de désherber sans pesticides. De telles innovations robotiques sont très prisées dans l’Hexagone, comme l’ont démontré les rencontres agritech en marge de la récente visite du couple royal des Pays-Bas en Occitanie. En outre, les tracteurs autonomes d’AgXeed, les AgBot, labourent déjà les terres dans l’Ouest de la France.
Un manifeste pour accélérer la robotique agricole
Ce secteur de pointe s’est présenté au salon Agritechnica, du 14 au 20 novembre à Hanovre. Dans la ville allemande, les organisation agricoles LTO, FME, Fedecom, Avag, Hortivation, Groenpact, KAVB, Groente en Fruithuis, NFO, Glastuinbouw Nederland et Greenports Nederland ont signé un manifeste qui vise une accélération de l’innovation robotique et intelligente. Les défis sont majeurs mais leur ambition est claire. En 2030, un tiers des exploitations agricoles doit intégrer des solutions autonomes et numériques. En 2050, le manifeste vise à éliminer le travail répétitif et pénible grâce à la robotique agricole.
Le manifeste propose cinq mesures concrètes :
- Moderniser la réglementation. Formuler une procédure CE accélérée et adapter les cadres d’autorisation à la technologie de précision ;
- Stimuler les investissements. Étendre les dispositifs fiscaux et créer un Fonds d’accélération pour l’AgriTech ;
- Garantir l’innovation. Développer un cadre d’assurance clair pour les robots agricoles autonomes ;
- Former les professionnels. Investir dans des parcours de formation professionnelle (niveaux technicien et licence) en robotique, données et maintenance ;
- Apporter l’innovation sur le terrain. Mettre en place un réseau national de fieldlabs où les robots peuvent être testés sur le long terme.

Le secteur vise haut, admet Mme Verboon. Car construire et piloter des robots agricoles, ce n’est pas un jeu d’enfant. « La technologie est très complexe. Les robots doivent être extrêmement robustes pour naviguer des terrains difficiles. Sans trop exagérer, on peut les comparer à des Rovers martiens. » Dans ce contexte, les avancées néerlandaises s’imposent. « À Agritechnica, plusieurs exposants étrangers nous ont fait part d’un peu de jalousie à l’égard de nos innovations ! ».
Adaptation, interopérabilité et codéveloppement
Pour accélérer la transition robotique dans l’agriculture, Mme Verboon énumère quelques priorités. D’abord, celle de l’acceptation et l’adaptation. « Pour les agriculteurs, la mise en œuvre de cette technologie n’est pas toujours évidente. Elle demande de nouvelles compétences numériques et en analyses de données. » Mais une fois réussie, la valeur ajoutée de la transition robotique est tant sociétale que commerciale. La robotisation permet à l’Europe de maintenir la production d’une alimentation à la fois abordable, saine et durable. Ainsi, elle devient une clé de voûte face aux crises climatique et géopolitique auxquelles le continent est confronté.
Faciliter l’innovation et la mise en œuvre veut dire codévelopper afin de garantir l’interopérabilité à l’échelle européenne. Mme Verboon souligne l’importance de la collaboration entre les Pays-Bas, la France et l’Allemagne. « Seuls, les débouchés néerlandais restent trop limités pour rentabiliser les innovations robotiques. C’est pourquoi nous devons miser sur une approche européenne, en collaborant avec chercheurs et instituts qui connaissent les contextes locaux. » Ainsi, une machine autonome qui récolte des pommes aux Pays-Bas pourrait être adaptée à la récolte d’agrumes dans l’Europe du Sud, propose-t-elle.
Vers un écosystème européen
La collaboration européenne doit s’étendre au niveau institutionnel, argumente Mme Verboon. Elle est responsable agritech chez NXTGEN Hightech, un programme intersectoriel pour l’incubation puis l’accélération de l’innovation à travers coordination, laboratoires de test et investissements.
L’un des six domaines prioritaires de NXTGEN est « l’agro-alimentaire autonome » (hands-free agrifood), qui se décline en trois axes : culture en plein champ, horticulture sous serre et transformation alimentaire. Plusieurs initiatives robotiques figurent parmi les projets phares. L’idéal serait de réaliser un « NXTGEN européen », avance Mme Verboon. Car collaborer au sein d’un écosystème transfrontalier qui marie recherche et commerce donnerait à l’Europe « un avantage compétitif par rapport à l’Amérique et la Chine ».
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