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Semi-conducteurs aux Pays-Bas : clé de la prospérité européenne

semi-conducteurs

Technologie incontournable de l’économie mondiale, les semi-conducteurs sont la clef de voûte des sociétés contemporaines. Toutefois, la production des puces électroniques en Europe peine à suivre le rythme. Pour sauvegarder l’autonomie stratégique de l’Union européenne, direction les Pays-Bas. Pionnier des semi-conducteurs, ce pays bâtit la voie d’un écosystème européen.

Les semi-conducteurs sont une technologie de pointe qui garantit la croissance industrielle ainsi que la sécurité nationale en Europe. Elles sont surtout cruciales dans toutes les nouvelles technologies numériques, propulsant notamment la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA). 

Au sein de l’Union européenne (UE), les Pays-Bas se manifestent comme pionniers. Les Néerlandais sont un acteur industriel performant dans le secteur – avec notamment ASML à Eindhoven – et un pivot stratégique pour la souveraineté technologique européenne.

L’Europe à la traîne

Le rôle des microprocesseurs s’étend aujourd’hui de l’IA à l’industrie automobile – à elle seule responsable de 39 % de la consommation en semi-conducteurs en Europe – aux réseaux de communications, aux technologies vertes et aux technologies dites à double usage (civil et militaire).

Mais malgré la vitalité des microprocesseurs, l’Europe peine à suivre le rythme de ce secteur stratégique. En 2023, quand l’UE a présenté son ambitieux Chips Act, le continent ne représentait que 8 % de la production mondiale en puces électroniques.

Un secteur mondialisé

Dans des chaînes de valeur hautement mondialisées, l’Indo-Pacifique se dessine comme arène principale. La firme taïwanaise TSMC, flanquée du Japon et de la Corée du Sud, domine la production, tandis que la Chine détient des terres rares cruciales à la fabrication.

Victime des tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis, l’économie mondiale se heurte à des disruptions dans cette chaîne de valeur complexe. Des contretemps à l’ère de la pandémie de COVID-19 ainsi que le récent scandale autour de la firme néerlandaise Nexperia l’ont démontré : l’industrie européenne risque de grincer à l’arrêt si l’approvisionnement en semi-conducteurs est perturbé.

Les Pays-Bas : pionnier européen des semi-conducteurs

C’est pourquoi l’appel au renforcement de ce secteur stratégique pour l’Europe s’intensifie. Mais si le Vieux Continent est globalement en retard, certains États membres occupent néanmoins des positions clés dans les chaînes de valeur.

Notamment les Pays-Bas, nœud stratégique et pays exemplaire de la technologie des microprocesseurs. Depuis la région néerlandaise d’Eindhoven, la firme ASML fournit 90 % des équipements de pointe au monde. En outre, l’Eindhoven Brainport héberge d’autres acteurs clés, tels que NXP Semiconductors.

Dans le cadre du Projet Beethoven, La Haye cible l’épanouissement de cette région stratégique. En 2025, l’État néerlandais a annoncé investir à hauteur de 2,51 milliards d’euros dans la formation, l’accessibilité et le logement, et pour faire de la place aux innovateurs.

Collaborations public-privées

D’ailleurs, le gouvernement néerlandais démontre l’importance d’unir les forces avec le secteur privé au sein du Semicon Board NL. Fondé en mars 2025, ce consortium rédige actuellement un agenda sectoriel 2035. Cette collaboration public-privée réunit les principaux producteurs et fournisseurs de la technologie des semi-conducteurs aux Pays-Bas, d’ASML à VDL ETG.

Le secteur, quant à lui, s’est réuni dans le ChipNL Competence Centre. Cette organisation facilite des collaborations au sein de la chaîne de valeur néerlandaise, en créant une vue d’ensemble du secteur, des liens ainsi qu’un accès aux connaissances et aux réseaux.

Selon FME, organisation patronale industrielle dont les membres s’impliquent également dans la fabrication des puces électroniques, les innovateurs ont besoin d’un climat d’investissement plus attractif, de fabricants d’équipement d’origine (FEO) renforcés – « des nouveaux ASML » – et d’un dialogue public-privé étroit.

Le Rapport Wennink

Ces dynamiques sont également confirmées au plus haut niveau stratégique par M. Peter Wennink, ancien PDG d’ASML. À l’instar du rapport Draghi, M. Wennink a récemment présenté d’influentes recommandations pour stimuler la prospérité économique au pays batave.

Il conseille notamment d’identifier puis d’investir dans des domaines prioritaires, dont les puces électroniques, afin de réussir dans la course aux technologies numériques. Dans son rapport, l’ancien PDG souligne la diversité du secteur néerlandais. Il repose sur une variété d’acteurs : d’un géant comme ASML aux entreprises spécialisées, telles que l’expert de la métrologie Nearfield Instruments. L’important est de connecter ces innovateurs néerlandais à d’autres écosystèmes dans l’UE, juge le rapport.

Un secteur franco-néerlandais

L’axe franco-néerlandais n’a pas attendu cette recommandation. NXP s’est déjà établi en Toulouse, Caen, Mougins et Paris. En septembre 2025, ASML est entré en partenariat avec la start-up française Mistral AI. Son investissement stimulera notamment le développement d’une IA européenne. D’autres opportunités sont à saisir en collaborant avec la région technologique de Grenoble ou du centre de recherche Paris-Saclay en Île-de-France. 

Vers un Chips Act 2.0

Ces cooperations transfrontalières sont cruciales pour l’UE, dont le Chips Act vise une part de marché mondiale en puces électroniques de 20 % en 2030. D’ici la fin de cette décennie, Bruxelles souhaite notamment augmenter la production des semi-conducteurs, sécuriser les chaînes de valeur et mettre en œuvre un système de réponse aux crises dans l’approvisionnement.

Mais vu l’accélération de l’innovation et la montée en puissance des tensions géopolitiques, plusieurs pays plaident déjà pour un Chips Act 2.0.

La Semicon Coalition

Parmi eux, les Pays-Bas jouent un rôle d’instigateur. En 2025, le gouvernement néerlandais a réuni la Semicon Coalition, une collaboration de neuf États européens dont la France. La coalition a formulé cinq priorités pour un nouveau Chips Act :

  • Renforcer l’écosystème des semi-conducteurs. Faciliter les collaborations entre l’industrie, la recherche, les PME et les start-ups ;
  • Investir. Aligner les financements européens et nationaux ; accélérer les autorisations pour les projets stratégiques et mobiliser les capitaux privés ;
  • Améliorer les compétences. Créer un solide vivier européen de talents dans le domaine des technologies des semi-conducteurs ;
  • Promouvoir la durabilité. Stimuler une fabrication de semi-conducteurs économe en énergie et circulaire ;
  • Développer les partenariats internationaux. Collaborer avec des partenaires mondiaux partageant les mêmes idées, tout en protégeant l’autonomie stratégique européenne.

Cette déclaration vient d’être approuvée par tous les 27 États membres de l’UE.

Demain, une Europe autonome en semi-conducteurs ?

Face à des chaînes de valeur incertaines et à des pressions géopolitiques croissantes, l’Europe ne peut plus tarder à s’autonomiser dans le secteur des semi-conducteurs. Les Pays-Bas offrent des leviers concrets pour réaliser cette ambition : industrie, technologie et collaborations public-privé. L’heure est à la coordination européenne et à l’action.

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