Catégories
Économie FME Général Haute technologie Industrie Partenaires Pays-Bas Recherche et développement Technologie

Pays-Bas : le retour stratégique du nucléaire

nucléaire aux Pays-Bas

Le nucléaire électrifie l’Europe. Aux Pays-Bas, le gouvernement se tourne vers l’énergie nucléaire afin de garantir la souveraineté énergétique et d’atteindre les objectifs climatiques. Cela se traduit par des collaborations potentielles entre les innovateurs néerlandais et l’industrie française. « Le nucléaire, c’est un investissement légitime sur le long terme. »

L’Union européenne vise la neutralité carbone en 2050. Aux Pays-Bas et en France, la réduction des émissions est devenue un enjeu à la fois sociétal et géopolitique. Le changement climatique tout comme la guerre en Ukraine ont accéléré l’électrification des foyers et de l’industrie, mais la production et les infrastructures énergétiques peinent à suivre le rythme. 

Aux Pays-Bas, des solutions novatrices et flexibles, telles que la recharge bidirectionnelle (V2G), sont déjà à l’œuvre. Mais pour faire advenir une Europe à la fois souveraine, concurrentielle et verte, augmenter la puissance électrique reste incontournable.

C’est là que l’énergie nucléaire entre en jeu, avance Mme Laurine Bonnewits, chargée du secteur nucléaire à l’association patronale FME. « Le nucléaire est une source stable de puissance électrique, à très faible empreinte carbone. En complément des sources durables mais intermittentes, telles que l’éolien et le solaire, le nucléaire devra faire partie intégrante de notre mix énergétique », argumente-t-elle.

Mme Laurine Bonnewits de FME

Il garantit également notre autonomie stratégique face aux États-Unis et au Moyen-Orient, d’où l’Europe a récemment importé de larges quantités de GNL. Le gaz liquide a été utilisé dans la production d’énergie, l’industrie et les foyers. 

Deux à quatre nouvelles centrales

Dans les décennies à venir, l’État néerlandais prévoit d’investir plus de 200 milliards d’euros dans le déploiement des énergies renouvelables. En complément, il mise sur la construction de deux à quatre nouvelles centrales nucléaires entre 2025 et 2050. Mme Bonnewits : « C’est un investissement légitime sur le long terme. À eux seuls, l’éolien et le solaire ne peuvent pas répondre à une hausse significative de la demande d’énergie. » 

Augmenter la capacité nucléaire est une opportunité économique majeure pour l’industrie manufacturière néerlandaise, estime Mme Bonnewits, qui œuvre à maximiser l’engagement du secteur technologique néerlandais dans la construction des sites. 

Un secteur de pointe 

Actuellement, les Pays-Bas ne comptent qu’un réacteur commercial, à Borssele dans la province de Zélande. Cela n’empêche pas le pays de disposer d’un important secteur nucléaire, à haut potentiel technologique. « Le nucléaire néerlandais est varié », souligne Mme Bonnewits.

Le secteur couvre toutes les phases de construction d’un réacteur, des plus sensibles jusqu’aux services généraux, tels que la restauration. Les grands acteurs néerlandais incluent l’opérateur EPZ, l’enrichisseur de l’uranium URENCO, et le réacteur de NRG Pallas, dédié aux isotopes médicaux. 

Mais la véritable force du secteur réside dans un maillage dense de fournisseurs, dont de nombreux membres de la FME. « Nos membres sont spécialisés en technologies de précision, robotique, capteurs et pompes hydrauliques. » 

VDL KTI, spécialiste des appareils à pression, y côtoie MX3D, expert de l’impression 3D de métal, Siemens, qui assure la sécurité des centrales, Allseas, à l’origine des réacteurs modulaires avancés (AMR) maritimes et le spécialiste international de la manutention lourde Mammoet

L’expérience internationale

Les Pays-Bas peuvent s’inspirer d’expériences internationales – au sein et hors du Vieux Continent. La Corée du Sud, le Canada, les États-Unis ainsi que le Royaume-Uni et la France détiennent tous d’une expertise clé, souligne Mme Bonnewits. 

En Europe, la France est le chef de file en matière de technologies nucléaires. EDF gère 57 réacteurs qui génèrent 65 % du mix énergétique français. « La France dispose du savoir-faire nécessaire à la construction à grande échelle de réacteurs technologiquement avancés. C’est l’une des sources incontournables d’expertise et d’expérience à l’internationale », reconnaît la chargée du nucléaire au sein de FME.

Aujourd’hui, l’électricien EDF et la firme américaine Westinghouse concourent à l’appel d’offres pour la construction des nouvelles centrales aux Pays-Bas, décidé par le gouvernement d’ici 2026. 

Thorizon : vers un SMR franco-néerlandais

Aujourd’hui, les initiatives privées démontrent déjà le potentiel des collaborations entre la France et les Pays-Bas. Comme la société franco-néerlandaise Thorizon. Cette branche autonomisée de l’Institut néerlandais de recherche nucléaire (NRG) développe un petit réacteur modulaire (SMR) de dernière génération. Grâce aux sels fondus, leurs réacteurs réduisent significativement les déchets radioactifs, avec une sécurité intrinsèque. 

Lauréat du plan de relance France 2030, Thorizon a touché 10 millions d’euros de subventions de l’État français en 2023. La firme se déploie actuellement sur trois sites de tests : aux Pays-Bas, en Belgique et dans la région lyonnaise. D’ici 2030, la société entend commencer la construction de réacteurs. Ceux-ci peuvent notamment fournir de l’énergie sur site pour décarboner les industries énergivores.

Les SMR s’avèrent très prometteurs, selon Mme Bonnewits, qui souligne leur efficacité, flexibilité et potentiel dans les secteurs industriels et de la construction. « Les SMR ont une capacité de 300 MW environ et sont relativement faciles à construire. Ils peuvent être implantés près d’une usine ou d’un quartier résidentiel. » À part Thorizon, la firme néerlandaise NRG Pallas s’implique également dans la construction d’un SMR aux Pays-Bas. 

Complémentarités entre industrie et technologie

De tels projets phares démontrent les complémentarités entre l’industrie française et les chaînes de valeur de pointe aux Pays-Bas. Elles pourraient servir de fondement à d’autres collaborations fructueuses.  

Comme à Flamanville (Manche), où l’expert néerlandais de la manutention lourde Mammoet contribue à la rénovation d’une centrale nucléaire. En collaboration étroite avec les équipes locales, l’entreprise y crée un système sur mesure pour remplacer les composants à l’intérieur du bâtiment du réacteur. 

L’engagement gouvernemental

Avec l’ambition de construire deux à quatre nouvelles centrales, La Haye a clairement adhéré à l’énergie nucléaire. Mais il faut être plus audacieux, préconise Mme Bonnewits. « Investissez davantage pour accélérer. Les innovations telles que les SMR font du nucléaire une solution à portée de main : modulable  et rapidement déployable. »

Tout d’abord, un nouveau gouvernement néerlandais devra s’engager durablement. Reformuler le cadre réglementaire est une priorité, souligne Mme Bonnewits. Davantage de clarté sur les investissements et la certification permettra au secteur de s’épanouir et à la société d’avoir confiance en la sécurité de nouvelles centrales.

Suivez le secteur néerlandais

La FME représente le secteur nucléaire néerlandais à l’étranger pour stimuler des collaborations stratégiques telles que Thorizon. Elle fait acte de présence sur la World Nuclear Exhibition à Paris et organise des webinars sur le sujet. Récemment, l’association patronale a réuni des acteurs néerlandais, européens et mondiaux à Hilversum lors du seminar Made for Nuclear. La FME travaille actuellement sur une cartographie de la chaîne de valeur nucléaire aux Pays-Bas. D’ici 2026, celle-ci facilitera le réseautage dans le secteur néerlandais aux acteurs étrangers. 

Intéressé par le secteur nucléaire aux Pays-Bas ? Entrez en contact !

Droits d’image : Urenco, MX3D, Siemens, Thorizon.

More on this company:

FME

Nous mobilisons et connectons l’industrie technologique et la société sur toutes les questions ou défis dont la solution est la technologie. Nous nous engageons pour un monde plus sûr pour...

Afficher le profil de l'entreprise

Discutez avec les rédacteurs: