À la sortie des urnes, le centre politique néerlandais rivalise avec la droite radicale. Les libéraux progressistes de D66 l’emportent étroitement sur le PVV de M. Geert Wilders. Mais malgré une victoire serrée du centre politique, former la coalition stable souhaitée par les électeurs et le monde économique ne sera pas sans difficulté.
Une victoire serrée du centre
À 26 sièges, les libéraux progressistes de D66 (Démocrates ‘66) réalisent un solide résultat lors du scrutin et peuvent remporter les élections aux Pays-Bas. Ils sont au coude-à-coude avec le parti de la droite radicale du PVV (Parti pour la liberté) de M. Geert Wilders, qui obtient 26 sièges contre 37 lors des dernières élections en 2023. C’est une situation inédite dans l’histoire politique du pays : les libéraux démocrates gagnent avec quelques milliers de votes seulement.
En quête de stabilité, les électeurs ont surtout récompensé les partis du centre – D66 ainsi que les chrétiens démocrates du CDA – qui remportent une campagne aussi courte que tendue. La coalition sortante du centre droit, réunissant le PVV, le VVD (Parti populaire pour la liberté et la démocratie ; droite libérale), le BBB (le Mouvement fermier et citoyen ; centre droite) et le NSC (Nouveau contrat social ; centriste) perd largement. Pour la gauche du PvdA-GL (Parti travailliste et écologiste), le résultat est décevant. Après une perte de cinq sièges, son chef, M. Frans Timmermans – ancien commissaire européen et architecte du Green Deal – a annoncé sa démission.
Cependant, la formation d’un nouveau gouvernement s’annonce difficile. Avec quinze partis élus, le prochain parlement néerlandais, composé de 150 sièges au total, sera de nouveau très fragmenté. Une nouvelle participation du PVV au gouvernement est improbable, M. Wilders étant exclu à l’avance par la plupart des factions politiques. Une coalition du centre avec M. Rob Jetten de D66 en premier ministre se dessine, mais devrait réunir quatre partis dont les ailes gauche et droite se sont déjà dites irréconciliables.
Aux origines du scrutin
En juin dernier, une crise de la politique migratoire provoquée par le PVV a bouleversé la coalition de centre droit qui gouvernait le royaume depuis juillet 2024. Le départ de M. Wilders a précipité la chute du gouvernement dirigé par le premier ministre Dick Schoof (sans parti).
En amont du scrutin anticipé qui en est suivi, des manifestations violentes et anti-immigration ont bouleversé le pays. La campagne, quant à elle, était courte. Une large variété d’enjeux dominait le débat : crise du logement, immigration, santé publique, défense, polarisation politique et sociale. Jusqu’au dernier moment, le PVV, CDA, D66 et PvdA-GL étaient au coude à coude dans les derniers sondages.
Appel à la stabilité de l’industrie néerlandaise
Aux débuts de la formation d’un nouveau gouvernement, ce petit pays hyper-productif fait face aux exigences de la transition verte. L’industrie et le secteur agricole y sont en concurrence avec la nature, dont la protection juridique borne les activités économiques. En plus, les entrepreneurs peinent à recruter du personnel technique qualifié sur un marché du travail en surchauffe.
Après les élections aux Pays-Bas, le secteur technologique et l’industrie profiteraient d’un gouvernement stable et compétent. Il devrait notamment formuler des politiques à long terme, identifie les secteurs prioritaires et y investit. Former une coalition – la dernière formation ayant duré plus de 200 jours – dans les plus brefs délais devrait être primordiale pour déverrouiller l’économie du pays. Idéalement, le Roi Willem-Alexander inaugurerait une nouvelle coalition qui pourrait préparer un solide budget préliminaire au printemps 2026.
La FME, qui représente quelque 2 100 entreprises néerlandaises et leurs 235 000 employés, a formulé quelques recommandations au monde politique. L’organisation préconise, entre autres, des investissements nationaux et européens dans l’innovation à la hauteur de 3% du PIB. Tout comme la PTvT, défenseur de l’enseignement technique aux Pays-Bas et au sein de l’Union européenne, la FME appelle les partis à renforcer les qualifications scientifiques et techniques (STEM) des jeunes néerlandais. Les propositions des partis du centre correspondent largement à ces recommandations, signale l’organisation patronale.
L’Europe et le problème de la dette
Les partis susceptibles de former le nouveau gouvernement après les élections aux Pays-Bas partagent la volonté d’agir collectivement sur l’autonomie stratégique européenne. Mais dans ce pays connu pour sa frugalité – la dette publique s’élève à moins de 50 % – il existe traditionnellement des doutes sur les finances publiques des pays voisins, dont la France. La question des Eurobonds (dettes collectives européennes) reste certes très controversée. Certains partis, notamment le VVD, redoutent que les Pays-Bas, en bonne santé économique, aient à fournir des garanties financières pour les dettes d’autres États européens.
Mis à jour le 3 novembre 2025.



