En dépit de la faible distance qui sépare nos frontières, les Néerlandais et les Français n’arrivent pas toujours à se comprendre. Dans la salle de réunion, les différences culturelles peuvent gêner. Pourquoi les Français aiment-ils les longs déjeuners ? Et quelle différence entre les réunions néerlandaises et françaises ? Dans cet article, découvrez quatre différences culturelles, parfois ludiques, parfois profondes, qui marquent la relation franco-néerlandaise.
1. Le poldermodel et la hiérarchie à la française
Selon le modèle culturel à six dimensions du sociologue Geert Hofstede, les Pays-Bas et la France diffèrent largement en termes de power distance. Cela signifie : le degré de participation accepté des membres moins “puissants” d’une société ou d’une organisation.
Aux Pays-Bas, cette distance est relativement faible. Le résultat ? Une société plutôt horizontale, où les décisions sont prises dans l’harmonie entre dirigeants et employés, avec l’accord de chacun. L’ancien Premier Ministre Mark Rutte incarnait un tel leader « anti-autoritaire ». Chef du gouvernement pendant 13 ans, il faisait son trajet quotidien sans voiture ni chauffeur de service, mais à vélo – imitant ainsi les habitudes des hollandais « ordinaires ».
Voici des traditions qui sont ancrées dans la longue durée de l’histoire des Pays-Bas : nation des digues, où le combat contre l’eau requiert la participation de tous. En est née l’appellation poldermodel : terme qui apparaît vers la fin du XXe siècle pour désigner un système économique cherchant le consensus entre gouvernement, patronat et syndicats.
Entre la France et les Pays-Bas, une histoire de contrastes. Autrefois pays de la monarchie absolue, puis d’une République « une et indivisible » gouvernée depuis son centre parisien, la France sera dirigée à partir de 2017 par un Président visionnaire qui se dit « jupitérien » – un style peu adapté à la vie politique néerlandaise. Pays aussi des manifestations, où le pouvoir politique se heurte fréquemment à celui de la rue.
Ces traditions socio-politiques se traduisent dans des pratiques différentes dans le monde professionnel, où la hiérarchie est plus marquée qu’au pays batave. En général, les chefs prennent les directions, avec moins de participation des employés. Cette délibération plus verticale facilite toutefois une prise de décision plus efficace, laissant place à plus de créativité et d’originalité.
Alors, si jamais vous assistez à une réunion néerlandaise et qu’elle vous semble interminable, ayez patience. Ce n’est qu’une différence culturelle !
2. La mobilité douce
Les Français et les Néerlandais se déplacent différemment. Environ 28% des Néerlandais prennent le vélo pour se rendre au travail. Un chiffre moins élevé qu’en France, où seulement 5% font la navette à vélo. C’est sans doute dû à une infrastructure développée, un terrain plat, et aux habitudes ancrées dans l’histoire.
Mais petit à petit, le fossé se comble. Comparé à l’année 2019, la fréquentation du vélo a déjà augmenté de 37%. 11,2% des Parisiens se déplacent désormais en vélo, tandis que 4,3% préfèrent toujours prendre le volant.
Et même l’adage néerlandais « il n’existe pas de mauvais temps, qu’une mauvaise préparation », semble être adopté en France. La pluie dissuade entre 20-35% des Parisiens de faire du vélo les jours de pluie, d’après une étude du Parisien. Là où 2 Néerlandais sur 3 font du vélo, peu importe le temps, affirme la marque de vélos Gazelle. Alors, le vélo : une préférence néerlandaise ? Peut-être, mais les Français ne sont pas en sucre non plus !
3. Un langage (in)direct
On dit souvent des Néerlandais qu’ils sont directs – ou trop, frôlant l’impoli. Pour de nombreux Néerlandais, dire ce que l’on pense est une évidence absolue. Cette habitude peut choquer les Français, plus polis dans l’ensemble. Aux Pays-Bas, on passe également plus vite au tutoiement, même quand il y a une différence hiérarchique marquée.
Les anthropologues expliquent cette différence en affirmant que la culture néerlandaise est à low context, tandis que la française est plutôt à high context. Cela veut dire que les Néerlandais privilégient la franchise et un style de communication explicite, même sans connaître personnellement la personne. Les Français attachent justement plus de valeur à ce rapport personnel, à se connaître mutuellement, et à une communication plus implicite et nuancée.
Après tout, la langue de Molière est également celle de Descartes et de Proust, qui permet à ses locuteurs de formuler des énoncés complexes et réfléchis. On dit donc de la langue française qu’elle est analytique, rationnelle. Le néerlandais a des tendances plus synthétiques, avec ses mots comprimés et parfois très spécifiques pour décrire des termes ou des objets sans en dire mot du contexte. Un exemple : le mot fietsbandventielverkoper est un mot unique en néerlandais, tandis que le français en fait plusieurs pour dire la même chose : « vendeur de valves de pneus de vélo » !
4. La culture culinaire
Les Français qui se rendent aux Pays-Bas en voyage d’affaires remarquent souvent cette approche typiquement néerlandaise de la cuisine. En France, se nourrir est un art. Aux Pays-Bas, c’est une nécessité. Cela ne veut pas dire que la cuisine néerlandaise est pauvre – ne ratez pas les bitterballen [petites croquettes] à l’apéro, ou le délicieux appeltaart [gâteau aux pommes] avec un café – mais les habitudes gastronomiques sont certes moins élaborées que celles des Français. (Sans exagérer les différences, bien-sûr, car la durée d’un déjeuner au bureau en France dure seulement quelques minutes de plus qu’un déjeuner aux Pays-Bas.)
Un déjeuner d’affaires néerlandais ? Des sandwiches, accompagnés d’un verre de lait, d’eau ou d’un soda – c’est tout. Pas de restaurants, ni d’entrée-plat-dessert, ni de vin. Cela s’explique également par la dichotomie low et high context entre les deux cultures. En France, le repas est un moment convivial, pendant lequel on construit une relation interpersonnelle. Pour enfin conclure l’affaire. Dans une culture low context comme la néerlandaise, on se fait confiance sur parole et sur la professionnalité de l’autre.
En savoir plus des différences culturelles entre la France et les Pays-Bas ? Suivez-nous sur LinkedIn et lisez les entretiens dans la série Rencontres franco-néerlandaises pour découvrir plus de différences culturelles entre nos deux pays !



